Les Météores, monastères suspendus au ciel

Après sa rencontre avec Larson, Lara prend connaissance du double-jeu de son employeuse Jacqueline Natla. Elle apprend aussi que le Scion qu’elle pensait avoir trouvé dans la tombe de Qualopec n’est en fait qu’un fragment de la relique, séparée en plusieurs morceaux, et que son rival Pierre Dupont a lui aussi été embauché pour retrouver l’autre partie. Désormais méfiante mais toujours curieuse, Lara opère une petite visite nocturne dans les bureaux de Natla Technologies afin d’en savoir plus, et elle ne sera pas déçue ! Elle y découvre assez d’informations pour décider de sa prochaine destination : le mystérieux monument de la Folie St François. L’occasion pour nous de nous intéresser aux incroyables monastères de la région des Météores, en Grèce, qui semblent avoir énormément inspiré les concepteurs de TR1.


• La Folie St François

Lara au pied de la Folie St François / TR1

Si Lara fait le déplacement jusqu’à ces ruines perchées, c’est qu’elle a en effet découvert dans les documents de Natla le journal d’un moine, frère Herbert, daté de 1573, et qui a vécu en ces lieux reculés. Il y rapporte avoir connaissance, sous son monastère, de l’existence de la tombe de Tihocan, un des 3 souverains de l’Atlantide. Ce dernier serait enterré avec son morceau de Scion dont les pouvoirs sont immenses, « bien plus puissants que ceux du Créateur ».  Il n’en faut pas plus à notre héroïne pour s’y rendre, d’autant que Pierre Dupont est déjà sur place : la course à la relique est lancée.

La Folie St François / TRA

Si d’extérieur le monument est assez dépouillé et passablement en ruines, l’intérieur n’en est pas moins justement monumental ! D’imposantes colonnes s’élancent encore vers le ciel tandis que les murs sont ornés de symboles étonnamment païens pour ce lieu pétri de foi chrétienne : des bas-reliefs de la mythologie grecque, fresque de la légende de Persée et Méduse, des constellations, un globe terrestre… L’endroit semble receler bon nombre de connaissances issues de l’Ancien Monde. Un lien avec la théorie du Scion « véritable bibliothèque » émise par le père de Lara ? A vrai dire, notre archéologue n’a guère le temps d’y penser car elle est rapidement assaillie par des lions ainsi que par Pierre Dupont. Quelques badinages et énigmes plus tard, Lara découvre un passage secret menant à une incroyable découverte dans les profondeurs du monastère :

 La Folie St François / TRA

Un immense puits aux allures de catacombes, abritant mille mécanismes, pièges et surtout énigmes, basées sur des personnages de la mythologie grecque : Héphaïstos, Poséidon, Damoclès et Atlas. Lara s’enfonce alors toujours plus loin dans cette mythologie à mesure qu’elle s’éloigne de la surface et du monastère St François. Où peut bien mener cette énorme porte au fond du gouffre ? Une surprise de taille attendra Lara… et le joueur !


• Les monastères des Météores

La région des Météores / Wikimedia Commons

Un peu d’histoire …

Située au nord de la Grèce, en Thessalie, la région des Météores est un des sites majeurs du pays. Son histoire et ses paysages incroyables en font une des principales destinations touristiques et ont également vraisemblablement inspiré les créateurs de Tomb Raider pour la seconde destination de Lara. Surgissant au bord des plaines de Thessalie, une forêt de pitons rocheux culminant à plus de 600 m de haut abritent des monastères orthodoxes bâtis à leurs sommets, certains toujours en activité, et dont la construction est un véritable exploit de foi et de technique.

La légende raconte que ces rochers ont été envoyés sur terre par le ciel Ouranos, d’où leur nom grec « meteôros » (meta et aeros) qui signifie « suspendus au ciel », pour permettre aux ermites de s’y retirer et prier. Ils sont en fait les vestiges d’un ancien fleuve de l’ère tertiaire qui, en se retirant et sous l’action de phénomènes géologiques, a laissé ces amas rocheux constitués de galets liés par un ciment sableux. L’érosion a ensuite sculpté ces roches tendres pour nous offrir ce paysage actuel qui n’est pas sans rappeler les montages de Guilin en Chine ou, dans une moindre mesure, la Cappadoce en Turquie voisine. Un paysage propice à la randonnée et à l’escalade, 2 activités que ne dédaignerait pas Lara !

Le village de Kastraki / © wolfgang.mller54

Mais la géologie n’est pas le seul intérêt de cette région, qui possède une histoire s’étalant sur plusieurs millénaires. La mythologie grecque fait de cette région l’ancien royaume des Lapithes, cousins des légendaires centaures. Si aujourd’hui, les 2 villages de Kalambaka et Kastrakis semblent bien paisibles aux pieds des Météores, il n’en a pas toujours été ainsi : du IIIè siècle av. JC jusqu’au XIVè, la région fut successivement envahie ou occupée par les celtes, les goths, les slaves, les bulgares et les turcs. Un climat qui poussa d’abord les habitants à fuir dans les montagnes pour se réfugier dans des grottes. Toutefois, et bien que le christianisme soit arrivé 4 siècles plus tôt, ce n’est qu’au IXè siècle que les premiers moines n’arrivent dans la région, pour y vivre en ermites. A noter qu’aucun lieu de culte de l’antiquité n’y a encore été découvert, ce qui explique peut-être pourquoi, au lieu d’en réutiliser d’anciens, les moines se sont mis à bâtir leurs propres sanctuaires. Le tout premier fut l’ermite Varnava qui construisit la skite (ermitage servant de retraite spirituelle) du Saint Esprit au Xè siècle, bientôt suivi par d’autres.

Ainsi, Athanase, un moine fuyant le mont Athos, (le plus important sanctuaire religieux en Grèce encore actuellement) attaqué par les pirates turcs, fonda le monastère du Grand Météore, le seul occupé sans discontinu jusqu’à aujourd’hui. Au fil des ans, on comptera jusqu’à 24 monastères accrochés aux sommets des rochers, lors de l’apogée au XVè siècle. Puis ils furent peu à peu abandonnés, en commençant par leurs dépendances et d’autres furent endommagés voire détruits lors des guerres, en particulier par les armées du turc Ali Pacha au XIXè.


La construction, l’agrandissement et la rénovation de ces bâtiments s’est étalée sur des siècles aux cours desquels les moins vivaient reclus du monde. Ils y ont produit des trésors d’art religieux : icônes, statues, fresques, principalement d’inspiration byzantine, qui font la renommée de ces monastères. Jusqu’au début du XXè siècle, on y accédait que dans des nacelles suspendues à des poulies, actionnées à la main ou par des contrepoids. Les premiers escaliers datent de 1920 et ils facilitèrent grandement l’accès aux 6 monastères qui subsistent dorénavant, toujours occupés par des moines et désormais ouverts aux visites. Dans les descriptifs qui suivent, vous reconnaîtrez l’architecture qui a grandement inspiré les concepteurs de Tomb Raider pour la création de la Folie St François. Suivez le guide !

Carte du site avec les 6 monastères encore ouverts, les autres étant fermés ou en ruines.

 

Grand Météore (monastère de la Transfiguration)

Vue extérieure du Grand Météore / © Jean Housen

Situé à 630 m et construit en moins de 40 ans, le monastère actuel date de 1536 et est bâti autour sur d’une chapelle primitive datant quant à elle du XIVè siècle, intégrée dans l’ensemble en tant que sanctuaire et décorée de fresques richement entretenues. Le site est principalement constitué d’une église de 30 m de haut, d’une grande bibliothèque et des bâtiments nécessaires à la vie des moines (logements, cuisines, caves) ainsi qu’une sacristie où sont conservés les ossements des anciens résidents. Il abrite de nombreuses œuvres religieuses du Moyen-Âge, sur le thème de la transfiguration et des éléments de la nature.

Reconstitution d’une ancienne cuisine, un dépouillement qui contraste… / © Jean Housen … avec le charme des lieux aujourd’hui. / © Jean Housen

Agios Nikolaos (monastère Saint Nicolas d’Anapafsas)

Perché sur un étroit rocher haut de 85 m, ce petit monastère érigé sur 3 étages fut fondé au début du XIVè siècle. Accessible uniquement par un escalier, il est aujourd’hui occupé par un unique moine qui s’occupe d’un véritable trésor : les plus belles fresques des Météores réalisées au XVIè par le peintre crétois Théophane.

Le monastère St Nicolas / © Ifernyen Les fresques de Théophane / © Erud

Agios Stefanos (monastère Saint Etienne)

Fondé par l’ermite Jérémie en 1191, ce monastère féminin possède 2 églises dont l’une, de 1798, abrite les reliques de St Haralambos, censées apporter la guérison. En partie détruit et pillé par les armées allemandes durant la 2nde Guerre Mondiale, il ne fut réoccupé qu’à partir de 1962 par une communauté de moniales. Il possède également de très beaux jardins qui offrent l’un des plus beaux panoramas sur la vallée.

Le monastère St Etienne / © Mrcsifkin


Aghia Triada (monastère de la Sainte Trinté)

De tous les monastères actuels des Météores, c’est le plus ancien (1476) et l’un des plus difficiles d’accès. L’escalier a été taillé en 1925 et depuis 1970, un téléphérique a été installé pour le ravitaillement des moines (qui autrefois, rappelons-le, montaient dans des paniers hissés, voire à l’aide d’échelles !). Ses trésors ont eux aussi été pillés par les Allemands lors de la dernière guerre mais il reste de magnifiques fresques du XVIIè siècle dans ses 2 églises, notamment la coupole de son église cruciforme et sa chapelle creusée dans la roche. 

La coupole du katholikon (église) / © Janmad

C’est aussi un monastère qui a connu une certaine postérité cinématographique, en servant d’abord de décor à une scène de Tintin et le Mystère de la Toison d’Or en 1961 (alors qu’il est fait mention du monastère de St Etienne dans le film) mais surtout en 1981 pour le tournage de James Bond – Rien Que Pour Vos Yeux, où l’espion britannique escalade la paroi pour atteindre le monastère. L’ascension de notre aventurière, britannique elle aussi, était-elle un clin d’œil à celle de Roger Moore ?

Le monastère de la Sainte Trinité / © LucT


Roussanou

Ce petit monastère, fondé par l’ermite Roussanou au XIIIè siècle date de 1550 et est aujourd’hui occupé par une communauté de religieuses. Peu élevé et facile d’accès, il comporte une église cruciforme abritant elle aussi de belles fresques ainsi que des icônes. Observez ce corps de bâtiment au sommet, ce petit clocher, des murs de pierre rose aux toits de tuiles, il ne vous rappelle rien ?

Le monastère de Roussanou … / © Bloody-libu … et la Folie St François / TRA

Varlaam

Fondé en 1350 par un ermite du nom de Varlaam, ce monastère est bâti sur un rocher culminant à 375 m et surplombant une impressionnante gorge. Il fut abandonné après sa mort jusqu’en 1517, date à laquelle de riches moines venus de la ville de Ioaninna s’y installèrent pour fonder 2 églises. Il leur fallut près de 20 ans, jusqu’en 1536, pour acheminer tout les matériaux de construction à l’aide de treuils, et encore une dizaine d’années pour achever les églises en 1544, réputées pour être les plus belles des Météores. Elles abritent de magnifiques fresques de Frango Katellano, sur le Jugement Dernier et la Crucifixion. Pour l’anecdote, ce monastère possède également une immense… citerne ! Elle permet de collecter près de 12 tonnes d’eau de pluie, autrefois seule source d’approvisionnement des moines.

Le monastère de Varlaam / © Dido3


Comme vous pouvez le constater sur la carte plus haut, de nombreux monastères sont aujourd’hui abandonnés et en ruines. On se plaît alors à imaginer que la Folie St François soit l’un d’eux, au fond duquel Lara découvrira le second fragment du Scion, caché sous les vestiges de l’imposant palais du roi Midas. Un personnage que nous découvrirons dans le prochain article de cette chronique archéologique.


© Dossier rédigé par Mahé Koadfall