Midas, le roi doré

Dans les profondeurs des catacombes de la Folie St François, monastère abandonné de la région des Météores en Grèce, Lara découvre des vestiges monumentaux ayant appartenu à un personnage légendaire : le roi Midas. Ou plutôt semi-légendaire, car d’après les historiens, Midas, roi de Phrygie a bel et bien existé ! Cet article vous retracera d’abord brièvement le parcours de Lara à travers ce site, puis nous présenterons le roi Midas, ce que l’on sait de son royaume, et enfin les légendes dont il fait l’objet et grâce à qui il est passé à la postérité.


• Et Lara entra dans l’arène … 

Souvenez-vous. Au fond de la Folie St François, Lara découvre une lourde porte blindée qu’elle réussit à ouvrir à l’aide des 4 clés obtenues en passant les épreuves de 4 dieux antiques. Derrière, un long couloir et quelques ruines ne donnant guère d’indices sur ce qui l’attend. Plongeant dans un goulot inondé, elle débouche dans une espèce de cave qui, au final, fait entrer le joueur dans une des scènes les plus marquantes de TR1/TRA : une immense arène encerclée d’un majestueux amphithéâtre !

L’amphithéâtre / TRA

Lara a tout juste le temps d’apprécier le spectacle qu’elle se retrouve assaillie par une bande de lions et de gorilles. L’arène se transforme alors en véritable combat de gladiateurs sous le regard épieur de Pierre Dupont, dont la voix résonne sous la voûte antique. Le rival de Lara préfère bien entendu rester caché, laissant notre héroïne faire tout le travail. Il lui faudra d’ailleurs pas mal d’acrobaties et de chargeurs vidés avant de continuer sa route via la loggia décorée de statues d’Athéna. Après un nouveau couloir, Lara pénètre dans une grande cour où trône une statue colossale du légendaire roi Midas !

Le palais de Midas / TRA

Même si l’endroit est envahi de primates géants, Lara prend le temps d’observer les lieux pour comprendre qu’ici, la légende et la réalité ne font qu’un. La main de la statue étant tombée à terre, elle tente de vérifier les pouvoirs aurifères du roi en y déposant un lingot de plomb qu’elle trouve juste à côté : il se transforme aussitôt en or ! Cette mutation alchimique est la clé pour continuer à avancer, car une grille s’est ouverte au fond du bassin voisin. 3 autres lingots attendent encore d’être découverts, moyennant quelques épreuves, avant que Lara n’accède à la suite de son parcours, la sombre et humide citerne souterraine du palais …


• Midas, roi de Phrygie

Au premier abord, il peut sembler étrange de découvrir un palais ayant appartenu à Midas en Grèce continentale, étant donné que celui-ci n’y a a priori jamais vécu. Midas était en effet roi de Phrygie, un royaume d’Asie Mineure ayant existé de – 1200 à – 700 av. JC, situé dans ce qui est aujourd’hui la Turquie. Selon Hérodote (qui vécut au Vè av.  JC), les phrygiens sont originaires d’Europe centrale ou orientale. Ils auraient migré via la Macédoine puis la Thrace avant de traverser l’Hellespont (l’actuelle Mer Noire) un peu avant la Guerre de Troie pour s’établir en Anatolie, sur ce qui restait de l’empire Hittite. Sur cette carte, vous pouvez voir, en blanc, le royaume de Phrygie au maximum de son extension :

Selon la légende, le peuple phrygien, sans pouvoir royal à leur tête, était lassé par des années de luttes intestines stériles. Un oracle avait alors prédit que leur futur souverain se présenterait à eux, monté sur un char tiré par des bœufs. C’est ainsi qu’un simple paysan nommé Gordias, se présenta à eux et fut donc proclamé roi. Le timon de son char était attaché par un nœud inextricable, le célèbre Nœud Gordien. Vers – 1100, Gordias fonde la ville de Gordion, nouvelle capitale du royaume, dont on peut toujours admirer les ruines situées à 70km d’Ankara. Le Nœud Gordien, symbole du pouvoir du roi, y était conservé et on prédit que celui qui parviendrait à le dénouer deviendrait alors le souverain du monde connu. Gordias étant sans enfant, il finit par adopter Midas, qui devint son héritier et le futur héros des légendes que nous aborderons ensuite. Dès lors, les rois de Phrygie porteront alternativement les noms de Gordias et Midas. Des siècles plus tard, en – 333, Alexandre le Grand s’arrêta à Gordion pour tenter sa chance : ne pouvant trouver la moindre extrémité pour défaire le nœud, il le trancha d’un coup d’épée !

Le royaume prospère rapidement sur les terres de l’ancien Empire Hittite qui s’est effondré vers – 1200 et dont la capitale, Hattusa, a été abandonnée. Les phrygiens mettent la main sur les nombreuses mines d’or, de fer et de cuivre de la région, sources de leur richesse déjà reconnue par leurs contemporains dont les grecs. Ces derniers disposaient de nombreuses colonies sur la côte de la mer Egée : Milet, Pergame, Ephèse, Side … Les contacts étaient nombreux et fructueux : le roi Midas III fit d’ailleurs envoyer un trône d’or au sanctuaire d’Apollon à Delphes et prit pour épouse la fille d’un roi de Smyrne, introduisant sans doute l’alphabet grec dans son royaume. Pendant la Guerre de Troie cependant, les phrygiens selon Hérodote, auraient pris le parti du roi de Troie Priam dont la femme, Hecabe, était phrygienne. Le royaume perdure pendant plusieurs siècles mais subit peu à peu les assauts des Assyriens venus du sud-ouest, puis des Cimmeriens, venus du nord. Gordion tombe aux alentours de – 696 et passera sous plusieurs dominations avant d’être rasée par les Galates, une tribu celte, vers – 275. La Phrygie ne sera plus qu’une région administrative sous les empires romain, byzantin puis ottoman jusqu’à la création de l’actuelle Turquie.


• Midas, roi de légende

Les légendes grecques sont parfois inspirées de personnages ou de faits réels, mais dont les vies et les actes sont enjolivés afin de glorifier les dieux, demi-dieux ou simples héros mortels, ou au contraire de raconter leurs mésaventures afin d’en tirer de sévères morales. Midas est plutôt de la seconde catégorie car les légendes à son sujet, ayant fait passer ce roi à la postérité, sont guère flatteuses.

La plus connue de toutes met en scène notre bon roi Midas un jour où il rendait justice en son palais. On lui amena un vieillard tellement ivre qu’il ne tenait plus debout et qui avait été capturé par des paysans et fait prisonniers avec des guirlandes de fleurs. Midas reconnut aussitôt le vieux Silène, compagnon et surtout précepteur du dieu Dionysos. Il le libéra et le soigna, puis célébra sa présence pendant 10 jours et 10 nuits avec des fêtes et des banquets. Après quoi, il décida de raccompagner Silène chez Dionysos, tout heureux de retrouver son plus cher ami. Le dieu du vin décida, pour remercier Midas, de lui accorder un vœu, ce qu’il désirait le plus ardemment. Midas réfléchit un peu puis finit par laisser parler sa cupidité. Etant déjà très riche, il souhaita de transformer en or tout ce qu’il toucherait.

D’abord heureux de ce nouveau don, Midas ne tarda pas à en découvrir les effets secondaires, car absolument tout ce qui passait entre ses mains se transformait en or massif, y compris l’eau et la nourriture. Désespéré, il supplia Dionysos de lui retirer ce pouvoir. Le dieu accepta, non sans s’être d’abord moqué de lui et de sa cupidité, en lui ordonnant d’aller se laver dans le fleuve Pactole. Ce fleuve se mit alors à charrier des paillettes d’or, ce qui enrichit finalement le royaume de Phrygie … et plus tard le royaume voisin de Lydie ainsi que son célèbre et non moins riche roi Crésus ! D’où l’expression parvenue jusqu’à nous : « toucher le pactole ». Le pouvoir de Midas, si l’on en croit les découvertes de Lara, serait encore bien vivace : elle a d’ailleurs pu l’expérimenter elle-même à ses dépens dans TR1/TRA !

 

Une autre légende fait se rencontrer Midas et Silène, mais de manière tout à fait différente. Silène, bien que vieillard laid, ventripotent et toujours saoul, était également réputé pour sa grande sagesse qu’il ne révélait aux hommes que sous la contrainte. Midas, ayant eu vent que Silène venait régulièrement boire à une fontaine dans son royaume, coupa l’eau avec du vin et attendit que Silène s’endorme, ivre mort, pour le capturer. Silène lui révéla alors une de ses vérités qu’il tenait en peu de mots : « Le mieux pour l’homme est de ne pas naître et si ce malheur lui arrive le mieux est de mourir au plus tôt. » On raconte que Midas se retira alors dans la forêt qui couvrait les pentes du mont Tmolos afin de réfléchir à ce que Silène lui avait appris.

C’est dans cette forêt que se déroule la dernière légende racontant les déboires de Midas. Il fut en effet témoin d’un concours de musique entre Apollon et le satyre Marsyas. Les juges désignèrent Apollon et sa lyre vainqueurs mais Midas, qui avait été autrefois l’élève du grand Orphée, déclara qu’il préférait de loin la flûte du Satyre. Vexé, Apollon décida de punir Midas pour son audace et l’affubla d’une paire d’oreilles d’âne. Il rentra à son palais en tentant tant bien que mal de les dissimuler sous un haut bonnet de laine, interdisant à quiconque de révéler son secret. Mais son serviteur chargé de le coiffer, les avait vues. Ne parvenant pas à garder pour lui ce secret et risquant la mort s’il en parlait autour de lui, il préféra creuser un trou dans la terre au bord d’une rivière, pour aller le confier, puis le reboucha. Mais des roseaux poussèrent bientôt à cet endroit et se mirent à répéter la phrase du serviteur : « Le roi a des oreilles d’âne ! … Le roi a des oreilles d’âne ! » et le vent propagea la rumeur. Bientôt, tout le royaume fut au courant et, honteux, Midas se terra dans son palais jusqu’à la fin de ses jours.  Le berger Attis, époux de la déesse phrygienne Cybèle, portant le bonnet des bergers / buste romain du IIè ap. JC

Plus tard sous l’Antiquité, ce bonnet, devenu le bonne phrygien, fut celui des esclaves affranchis et devint un symbole de liberté. C’est pourquoi les révolutionnaires français s’en emparèrent en 1789 : le bonnet phrygien rouge et sa cocarde tricolore font aujourd’hui partie des emblèmes de la république française.


© Dossier rédigé par Mahé Koadfall